[Test] Que vaut le Samyang 14mm f/2.8 ?

Plus le temps passe et plus je deviens fan de la marque Samyang. Pour l’astrophotographie et la vidéo dans une moindre mesure, les objectifs de la marque coréenne vous feront de petits miracles et ce à un prix fortement réduit. En retirant l’autofocus et la stabilisation il ne reste que les performances optiques, forcément le prix chute. Reste à savoir maintenant ce vaut réellement cet objectif.

Pour ce test, il n’est pas question de mesures mathématiques pour définir si un objectif répond oui ou non aux normes actuelles, les laboratoires photo le font très bien. Il s’agit plutôt d’un avis après plusieurs mois sur le terrain.

Tout d’abord, une brève description:

Focale: 14mm (équivalent 21mm en APS-C)
Monture: F (Nikon), EF (Canon), E (Sony)
Format: Plein format et APS-C
Ouverture maximale: f/2.8
Distance minimale de mise au point: 0.28m
Autofocus: Non
Stabilisation: Non
Poids: 550g
Prix: 360€

14mm-samyang-test-avis-heleux-9.jpg

Avec un 14mm, monté sur un plein format vous n’êtes plus avec un objectif grand angle, mais avec un ultra grand angle. Cette petite différence qui semblent tout droit inventée dans une réunion marketing est en vérité fondée et cohérente. Avec cet objectif vous vous surprendrez à apercevoir votre ombre voire même vos pieds dans votre viseur au moment du déclenchement. L’approche pour cadrer est totalement différente, pour vous dire même le photographe peut devenir un problème! Malheureusement les 14mm coûtent très chers (chez Nikon comptez minimum 1600€, chez Canon 2000€) par chance Samyang propose depuis quelques années un 14mm à 360€ environ. Pour réduire le prix, le constructeur a fait l’impasse sur l’autofocus et les connectiques avec le boîter. Nous avons donc ici à faire à un objectif 100% manuel. À l’ancienne. Est-gênant ? Non pas vraiment, à 14mm beaucoup de choses sont nettes, alors imaginez à f/11…

Prise en main/ergonomie
Souvent considérée -à tort- comme une sous-marque, Samyang délivre ici une optique soignée et plaisante à tenir en main. Le fut est en métal, la bague de mise au point est confortable bien que très longue. Il faudra s’y prendre à plusieurs fois pour faire le point de 0.28m à l’infini. Certains y verront un gage de précision, d’autres un ralentissement supplémentaire. L’ensemble est solide, mais n’est évidement pas tropicalisé. Bon à savoir, les versions Nikon sont équipées d’une puce électronique, ce qui permet de contrôler l’exposition depuis le boîtier et de bénéficier d’une assistance lors de la mise au point.
La lentille frontale est surdimensionnée, attention à ne pas l’abîmer.

Performance optique
Bon dès la pleine ouverture, très bon à f/5.6 et terrible à f/11 sur mon D750 (24mpx). Excellent dès f/2.8 sur l’A7S (12mpx, photosites plus gros donc moins sensibles aux rayons déviés par l’objectif). Si vous avez un appareil plein format de 12mpx (ou même 16 comme l’étrange Nikon Df), ce 14mm sera parfait dessus, je vous l’assure. Bien évidemment, vous avez plus de chances d’utiliser cet objectif sur un appareil de 24mpx ou plus que sur un 12mpx. Nous nous concentrerons donc sur le premier cas, bien plus exigeant.
Globalement l’optique se porte bien mais comporte quelques défauts notables. À pleine ouverture, les côtés sont tirés c’est un problème présent sur beaucoup d’objectifs de ce type. Ce défaut se corrige facilement en fermant vers f/5.6. L’autre gros défaut de cet objectif est sa distorsion en moustache difficile à corriger. Si vous êtres passionné par l’univers urbain, je doute que cette optique vous satisfasse pleinement. Les distorsions (visibles au centre uniquement ) ne donneront pas un bel aspect à vos photos.

14mm-samyang-test-avis-heleux
Petit souvenir du Japon, D750 + 14mm à f/4, 1/20, ISO 3200. J’ai évité de mettre des éléments rectilignes au centre de l’image car les distorsions sont trop importantes, si on regarde bien, même le poteau à gauche est légèrement déformés alors qu’il est loin du centre.

Heureusement je ne suis pas un grand photographe de rue ni même un passionné de paysage, j’ai pris cette optique pour la vidéo et surtout l’astrophographie. Une situation où la stabilisation est inutile (car on est généralement sur trépieds), où l’autofocus ne sert rien (car pas assez de lumière pour faire le point automatiquement) et où les distorsions sont invisibles.

14mm-samyang-test-avis-heleux-4
D750 + 14mm, f/2.8, 15s, ISO 1250

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Même photo que ci-dessus, si on zoome à 100%, le centre est très bon mais les coins (ici le supérieur droit en l’occurrence) « tire » un peu. Ce défaut s’amenuise en ferment l’ouverture de l’objectif. En journée ça ne pose pas de problème mais la nuit quand la lumière manque il faut ouvrir et faire avec ce défaut.

Pour des paysages de nuit (et paysages tout court donc), le Samyang 14mm est excellent. Les coins sont moins bons mais tout à fait acceptables. Aucune aberrations chromatiques ne vient gâcher le tableau et même le flare est bien contenu. Avec le temps cet objectif est devenu un de mes préférés. Allez faire un tour sur les groupes Flickr, vous comprendrez vite pourquoi.

14mm-samyang-test-avis-heleux-5.jpg
D750 à 14mm à f/3.5, 30s, ISO 2500

Concernant les couleurs, certains objectifs ont parfois tendance à obtenir des couleurs légèrement jaunâtres et je pense que cette optique en fait partie. Mais rien de bien méchant en soi. Ajoutez également un manque de contraste (que l’on peut facilement ajouter par la suite). Toutefois, tous ces défauts sont presque négligeables de nuit, un bon point!

Si vous avez encore des doutes à propos de ce 14mm de Samyang, voici les courbes MTF les dissiper:14mm F2.8-T3.1

Mise au point
Aucune mise au point automatique, il vous faudra tout faire à la main. Si vous êtes chez Nikon vous aurez le droit à un assistant de mise au point dans votre viseur, très pratique ce dernier fera clignoter un point quand la mise au point sera bonne. Si vous êtes chez Sony vous aurez le focus peaking et si vous êtes chez Canon vous n’auriez rien du tout et sans véritable raison. Utiliser un Samyang chez Canon est donc assez difficile et risqué à première vue.

Malgré l’obligation de faire le point manuellement, cet objectif procure un véritable plaisir à être utilisé. On utilise l’hyperfocale ou on prend le temps de faire correctement le point… L’air de rien cet objectif nous ramène quelques temps en arrière et permet d’acquérir de bonnes bases. On ne cherche plus à déclencher à tout va mais à le faire plus intelligemment et au bon moment, ce qui est très bénéfique. Est-ce que cela fait rater des occasions en or? Parfois oui, mais on ne prend pas un ultra grand angle pour saisir une action en particulier, on le prend pour pour saisir une ambiance, un contexte. Et vous l’aurez compris ce genre de choses durent généralement quelques minutes.

14mm-samyang-test-avis-heleux-11.jpg
En Roumanie avec un D7100 + 14mm à f/5.6, 1/2000, ISO 200

Stabilisation optique
Aucune stabilisation.

Pour conclure
Vous l’aurez compris cette optique vous demandera quelques concessions et efforts de votre part, mais une fois le marché accepté vous ne serez pas déçu. Si j’avoue émettre encore quelques doutes sur son utilité en journée, son utilisation pour les photo d’étoiles et de Voie Lactée est incontestable. Si comme moi, vous ne jurez que par les paysages de nuit c’est l’objectif qu’il vous faut. N’allez pas croire que vous ferez de moins bonnes photos d’étoiles avec cet objectif plutôt qu’avec un splendide (mais couteux) 14-24mm de chez Nikon. La nuit, même les meilleurs objectifs deviennent aussi lents que la plus vieille des optiques manuelles. Quant à la qualité optique, elle n’est peut-être pas la meilleure qui soit mais elle n’a pas à rougir face à la concurrence (qui est minimum 3 fois plus chère). Vraiment.

14mm-samyang-test-avis-heleux-12.jpg
Près de la route Transfagarasan en Roumanie, D7100 + 14mm, f/9, 1/8000, ISO 3200. Pardonnez ces exifs exotiques, mais on en profitait pour tester la sensibilité de l’appareil.

Pour travailler votre créativité et votre cadrage, un 14mm est idéal en soi, l’espace est si grand qu’il faut bien apprendre à le combler et jouer avec. Si vous n’avez jamais essayé un ultra grand angle, alors vous ne vous êtes jamais confronté au vide.  Toutefois, si vous avez besoin de polyvalence et de vitesse, les 16-35mm ou même 14-24mm sont fait pour vous.

7 commentaires sur “[Test] Que vaut le Samyang 14mm f/2.8 ?

  1. La dernière, Héléux 😉 ,
    il se trouve que j’ai eu aussi ce 14mm 😀 . Il faut admettre qu’à 14mm l’absence d’AF est beaucoup moins contraignante qu’à 135mm, les canonistes peuvent donc plus facilement se passer d’assistance avec celui-ci. Même à f/2.8, un 14mm sur plein format ne demande pas une grande exigence sur la mise au point tant la profondeur de champ est déjà énorme (le problème se posera surtout si map faite sur un élément très proche au premier plan).
    Il a cohabité un moment avec le 14-24 f/2.8 mais si j’ai fini par m’en séparer ce n’est vraiment pas pour la qualité optique, ni même complétement l’AF, mais juste parce que j’ai privilégié la polyvalence du 14-24 (à dire vrai, aujourd’hui je choisirais même plutôt le 15-30 Tamron excellent et bien moins cher mais il n’existait pas, à l’époque 😉 ).

    Aimé par 1 personne

    1. C’est tout le problème pour les canonistes, avec un 14mm l’image fait souvent vide et on se retrouve souvent a essayer de mettre quelque chose au premier plan. Sans assistance de MAP c’est très compliqué je trouve. Après je suis d’accord la PDC est vraiment très grande même à f/2.8 mais je ne comprends pas pourquoi Samyang a priver ses optiques en montures Canon de l’assistance à la MAP.

      On en revient au même point pour le 15-30, Tamron met les bouchées doubles avec succès 😀 Par ailleurs, il y a eu trois itérations du 70-200, deux pour le 150-600 et deux pour 24-70 chez Tamron. Mais une seule pour le 15-30, preuve de sa réussite ? (ON peut faire le même constat pour Nikon (trois versions du 70-200 et deux pour les 24-70 mais une seule pour le 14-24. L’optique suprême ?)

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      1. A un moment, il était question que les Samyang pour Canon disposent d’une puce, d’ailleurs ce 14mm est sorti en AE pour Canon pour plus cher. Pourquoi il a fallu attendre et pourquoi ils ne sont pas tous proposés avec contacts, il faudrait le demander à Canon et Samyang 😉 .
        Le 15-30 est plus récent. Comme je t’ai dit, il y aura probablement très vite une version G2 mais le 15-30 étant l’un des derniers sortis, normal qu’il sorte après les autres, après tout le 24-70 est en 2 versions depuis seulement quelques semaines et le 70-200 depuis quelques mois donc patience :). Le 14-24 est un UGA, aussi, il a fallu du temps et d’abord un 20-35 puis un 17-35 f/2.8 avant que Nikon ne fasse le choix du range 14-24, qui est effectivement devenue une référence et peut le rester encore un moment mais à terme, avec des concurrents comme le 15-30 Tamron et les 16-35 f/2.8 et 11-24 f/4 Canon (12-24 Sigma aussi), Nikon va devoir commencer à innover aussi en UGA.

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