Comment photographier la Voie Lactée 2/3: la prise de vue

Ou n’ayez plus peur du bruit ISO. En effet, nous allons voir ci-dessous que le plus grand ennemi des photographes, le bruit, sera ici un allié insoupçonné s’il est utilisé correctement. Pour rappel: cet article est divisé en trois sous-article ou étapes:

Étape #1: la préparation
Étape #2: la prise de vue
Étape #3: le développement

LA PRISE DE VUE


Réglages
Vous voilà parti à l’aventure après des kilomètres de route ou quelques mètres  dans votre jardin. Avant même de commencer la moindre installation, il convient d’adopter les bons réflexes. Tout d’abord votre appareil doit impérativement photographier en format RAW (l’équivalent du négatif en photographie argentique) soit respectivement du .nef, .cr2 ou .arw pour Nikon, Canon ou Sony. Contrairement au .jpg qui est fait pour être diffusé (sur Facebook par exemple), le RAW contient bien plus d’informations car il a été conçu pour être édité. Pensez également à activer la fonction « réduction du bruit » à ne pas confondre avec la fonction « réduction du bruit ISO ». A contrario n’activez pas cette fonction si vous voulez réaliser filé d’étoiles.

Pensez également à désactiver tous les automatismes de votre objectif, l’autofocus et la stabilisation ne vous seront d’aucune utilité, ils pourraient même vous desservir.


 

Installation
Sortez votre appareil et fixez-le sur trépieds. Pour mettre l’objectif sur l’appareil, n’oubliez jamais d’incliner celui-ci vers le bas: cela évitera que de la poussière n’aille se déposer sur le capteur. N’oubliez pas non plus votre pare-soleil, même si c’est la nuit il sera très utile puisqu’il aura le rôle d’un pare-buée. Veillez à être particulièrement bien stable, le vent ne doit pas faire bouger votre matériel.
Suite à cela, puisque nous cherchons la Voie Lactée, orientez-vous vers le Sud. Vous ne savez pas où c’est ? Alors c’est que vous ne vous êtes pas suffisamment préparé.  Pour faire votre point, passez en visée sur écran (et restez-y) et visez les étoiles les plus lumineuses (ou la source de lumière la plus lointaine) et faites la mise au point en manuellement. Dans un premier temps, puisqu’il est question de se repérer dans le ciel mettez la sensibilité ISO à fond, ouvrez le plus possible (f/4, f/3.5, f2.8, f/1.8…etc) et mettez des temps de pose les plus courts possible. Le but n’est pas d’avoir une belle photo seulement de savoir où regarder.



Déclenchement
Une fois que vous avez trouvé ce que vous recherchiez et que vous obtenez une bonne composition, il faudra opter pour des réglages plus classiques: le sensibilité ISO doit être entre 1600 et 3200 ISO pour commencer, l’ouverture doit être à son maximum pour laisser rentrer le plus de lumière et le temps de pose doit durer plusieurs secondes. Personnellement mes réglages sont généralement les mêmes: ouverture de f/1.8, temps de pose de 15 ou 20s et sensibilité ISO entre 3200 à 6400.

Pensez à activer le retardateur, cela vous évitera de toucher votre appareil (et de la faire bouger) au moment du déclenchement. Pensez également à toujours restez en visée sur écran, c’est peut-être plus gourmand en énergie mais le miroir est déjà relevé, il ne bougera plus, ce qui évite donc d’éventuelles vibrations.

Vous y êtes ? Les premiers résultats doivent enfin apparaître. Pensez à bien consulter votre histogramme afin d’être certains qu’aucune lumière n’est cramée ou qu’une ombre est bouchée. Pour l’activer, lorsque que vous regardez une photo enregistrée sur votre carte mémoire, appuyez sur le joystick vers le haut que vous soyez chez Nikon ou Sony (pour les Canonistes, je ne peux vous aider malheureusement).

heleux-voie-lactee-photo-histogramme-droite-surexposition
Il est difficile d’obtenir un histogramme parfaitement centré, toutefois si la majeure partie est au centre alors votre image est bien exposée.

Si votre histogramme est parfaitement centré, c’est que votre image est parfaitement exposée, bravo! Normalement les résultats sont déjà visibles lorsque vous consultez vos photos au dos de votre appareil. Faites différents essais et cadrages, vous n’aurez peut-être pas la possibilité de réessayer de si tôt.

Attention, si une partie de votre histogramme est coupée c’est que vous perdez de l’information (image trop claire ou trop foncée), et il sera impossible de récupérer cette information, même en RAW.

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heleux-voie-lactee-photo-histogramme-droite-surexposition-2

Quand l’histogramme est coupé à gauche, votre photo est beaucoup trop sombre et certains détails sont définitivement perdus. S’il est à coupé à droite c’est que votre image est trop surexposée, de l’information a été perdue irréversiblement dans les hautes-lumières.

Si l’image semble un peu terne et la Voie Lactée discrète pas d’inquiétude: contraste, couleurs, netteté seront ajoutés par la suite. Le RAW permet de nombreuses possibilités.

heleux-faire-photo-voie-lactee-3.jpg
D750 + 14mm à f/3.5, 30s ISO 3200. Le rendu est assez terne et ne fait pas rêver pourtant nous verrons dans la 3e partie que ce fichier est parfaitement exploitable.


 

Sensibilité ISO
La sensibilité isométrique est généralement un véritable calvaire en astrophotographie. Toutefois, avec un peu de connaissances et de pratique elle peut vite devenir votre plus grande alliée.

Grossièrement, la sensibilité ISO est la sensibilité de votre capteur à la lumière. Plus il est sensible, plus il est réceptif à la faible lumière. Lors du déclenchement, votre capteur enregistre un signal lumineux qui sera votre image. Malheureusement aucun signal n’est pur, il est toujours accompagné de parasites que l’on nomme bruit. Le bruit n’étant pas une information (contrairement au signal), il y a une perte/erreur d’information lors de la lecture. Il faut donc veiller a toujours avoir plus de signal que de bruit. Le problème, c’est que la nuit c’est très précisément le signal qui manque. En augmentant le sensibilité, on augmente certes le signal mais également le bruit. Comment réduire le bruit dans ce cas?

Il existe deux solutions, la première est de « flouter » légèrement l’image, c’est la réduction du bruit ISO sur des logiciels comme Photoshop/lightroom. Malheureusement il est très difficile pour un ordinateur de dissocier le bruit du signal tant ils sont liés. En réduisant le bruit ISO on diminue également les détails. Il existe une deuxième solution, l’exposition à droite. En surexposant légèrement votre image, vous obtiendrez une image… plus lumineuse (bah oui!). Seulement en abaissant le surplus de luminosité lors du développement, vous abaisserez le signal lumineux et par conséquent le bruit. C’est une technique qui est très utile si des villes sont trop proches de vous. L’exposition à droite se nomme ainsi puisque la majeure partie de l’histogramme se trouve à droite, et elle vous sera particulièrement efficace de nuit.

heleux-voie-lactee-photo-histogramme-droite-surexposition-4.jpg
L’histogramme est à droite mais très légèrement coupé dans les teintes rouges, ce n’est pas très grave. L’information est présente et légèrement surexposée. On pourra donc abaisser tranquillement la luminosité.

 

Dans l’idéal pour surexposer correctement il est préférable d’allonger le temps de pose ou d’ouvrir un peu plus. Attention, ne surexposez pas de plus d’1 IL, dans l’exemple ci-dessous j’ai surexposé de 2IL et c’est pas jojo (mais parfait pour l’exemple):

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(D750 + 24mm à f/1.4, 13s, ISO 12800) J’ai volontairement surexposé de deux diaphragmes… Le rendu (à gauche) est terne, bruité et on ne distingue même plus le ciel.  Par chance, la souplesse du RAW m’a permis de retrouver de l’information dans le ciel lors du développement sur ordinateur. En abaissant la luminosité, j’ai radicalement réduit le bruit ISO et ce sans avoir utilisé le moindre algorithme de réduction de bruit (qui peut-être appliqué par la suite en complément).

L’avantage c’est que si votre capteur montre ses limites à 6400 ISO avec 15 secondes de pose il pourra être efficace à la même sensibilité avec un temps de pose doublé, soit 30 secondes. Attention toutefois, ne vous reposez pas trop sur la sensibilité ISO. Elle pourra être d’une aide précieuse mais ne vous donnera pas plus détails à partir d’un certain seuil (6400 ISO en général). En clair, l’augmentation de la sensibilité augmente le signal, en revanche elle ne créé pas de signal là où il n’y pas (assez). Il faut donc trouver le juste milieu qui dépend non seulement de l’appareil mais également du lieu où il se trouve. C’est un peu comme monter le son d’une musique que l’on entend à peine: à un certain stade on entend davantage le grésillement des enceintes (le bruit) que la musique (le signal).

Pour les petits malins qui espéreraient pouvoir surexposer en augmentant la sensibilité ISO, je suis au regret de vous dire que cela ne vous sera d’aucune utilité. Cela pourrait même nuire à la qualité de votre image. En exposant à droite, le but est de recevoir davantage de signal lumineux. Malheureusement la sensibilité isométrique de votre capteur ne peut qu’amplifier le signal reçu et non améliorer sa réception.


 

Voile/nuage orangé
Si vous apercevez un voile/orange en bas de votre ciel et au-dessus de votre paysage, n’ayez aucune inquiétude, il s’agit simplement de l’éclairage d’une ville voisine (comme c’était le cas pour la photo ci-dessus). Pour l’éviter au maximum, il faut réduire le temps de pose et probablement augmenter la sensibilité ISO. Une option assez délicate en somme…



Buée
Tout d’abord n’oubliez pas de mettre en place votre pare-soleil qui devient un pare-buée une fois la nuit tombée. Si vous l’avez mis (ou si vous n’en avez pas avec votre objectif de kit par exemple) et que la buée se pose sur la lentille frontale de votre objectif ne l’essuyez pas. Inclinez simplement l’appareil vers le bas pendant quelques secondes ou minutes et tout reviendra à la normale.


 

Attention à votre matériel!
Il fait froid et si vous déposez votre matériel -refroidi par la température extérieure- dans un endroit trop chaud (voiture, salon… etc) de la condensation fera son apparition… Sur le matériel! Ce qui est très fâcheux puisque de l’eau peut peut s’infiltrer votre objectif ou boîtier. Si vous êtes obligés de passer d’un milieu froid à chaud en l’espace de quelques secondes, mettez vos objectifs et appareils photo dans un sac poubelle et fermez le bien. En rentrant la condensation se fera sur le sac et non votre matériel. Attendez au moins deux heure avant de tout déballer. Si en revanche vous avez plus de temps ou aucun sac poubelle sous la main, rangez précieusement votre matériel dans votre sac photo et fermez-le bien. Ensuite déposez-le dans la pièce la plus fraîche à disposition et attendez quelques heures. Le matériel mettra du temps à se réchauffer. Ne succombez pas à l’envie de ressortir votre matériel, cela pourrait être dangereux. Même si c’est rare, ça arrive toujours au plus mauvais moment.

NB: Pensez à sortir votre carte SD avant de tout remballer! Cela vous évitera d’attendre que le matériel ne refroidisse. Surtout pensez bien à ranger votre carte mémoire à l’abri, dans une protection prévue à cet effet par exemple.

On se retrouve bientôt sur Héléux pour la troisième et dernière partie sur la Voie Lactée!

2 commentaires sur “Comment photographier la Voie Lactée 2/3: la prise de vue

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