L’incroyable travail sur l’image de The Revenant

À l’occasion de son deuxième anniversaire, le moins que l’on puisse dire c’est que The Revenant est toujours aussi unique et appréciable. Jamais un film n’aura eu une aussi belle photographie. La preuve qu’avec un minimum d’artifices, on peut largement obtenir des images saisissantes. Néanmoins cela serait réducteur d’affirmer que les paysages se suffisent à eux-mêmes, la réalisation d’Alejandro Iñarritu a grandement aidé à sublimer ces décors uniques et à surtout proposer une expérience visuelle unique.

L’immersion est le maître-mot d’Iñarritu pour ce film. Si l’histoire, le jeu des acteurs ou même le son permettent évidemment au spectateur de « vivre » le film, c’est bien l’image qui va jouer le plus grand rôle ici. Alejandro Iñarritu adopte une démarche singulière dans le monde du cinéma moderne: fini l’aseptisation des images ultra-esthétisées et bien léchées, place à des images brutes. Fini le rythme endiablé du montage, place à de longs plans-séquences chorégraphiés au centimètre près. Et enfin fini les longues focales et leur faible de profondeur de champs, place à la profondeur et au relief que procurent les objectifs (très) grand-angle.

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Derrière The Revenant il y a une véritable démarche artistique pour donner une identité au film afin que l’expérience du spectateur soit unique. Bien évidemment, on pourrait dire ce que tout le monde sait déjà : que le film a été tourné en lumière naturelle au point que certaines journées de tournage ne durait qu’une  heure trente seulement, mais cela ne rendrait pas hommage à toute la direction artistique mise en place dans The Revenant par Emmanuel Lubezki chef opérateur/directeur de la photographie et de d’Alejandro Iñarritu.

 

Des optiques grand-angles pour saisir toute l’immensité des décors

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Osez me dire que la grandeur de l’image ne vous invite à en (sa)voir plus!

Alors que la majeure partie des productions audiovisuelles optent pour des optiques allant de 24 à 135mm, l’équipe de The Revenant fait le choix de n’utiliser que des objectifs allant de 12 à 21mm. Sur du plein format c’est déjà très grand angle. Sur un capteur proche du moyen format comme celui de l’ARRI ALEXA 65, l’une des caméras utilisée pour ce film, c’est démesuré! À titre informatif, le capteur de cette caméra mesure 65mm de large, soit 2 fois plus qu’un capteur plein format. Si vous trouviez comme moi que le plein format était merveilleux avec une optique de 14mm dessus, imaginez le rendu d’une optique de 12mm sur un moyen format!

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L’avantage d’un objectif grand-angle est qu’il permet de cadrer son sujet avec son environnement. De plus, de très courtes focales « cachent » plus facilement les tremblements d’une caméra. Iñarritu étant très attaché à sa caméra volante qui se déplace d’un point à un autre pour être toujours au cœur de l’action, il n’a pas dû hésiter longtemps avant de se rabattre sur les objectifs grand angle.

Je le disais plus haut mais ce film est très immersif et surtout viscéral. On ressent chaque coup de hache, de griffes..etc. Mais comment arriver à un tel niveau de d’immersion ? Encore une fois les optiques grand-angle s’avèrent être d’une efficacité redoutable: en s’approchant de son sujet à quelques centimètres seulement (ce que permettent les très courtes focales), on rentre dans l’intimité de l’acteur et de son personnage. La neige, le sang et la buée du souffle interagissent même avec la lentille frontale de l’objectif. C’est simple, la lentille de l’objectif deviendrait presque le verre de nos lunettes de vue. Et là où une longue focale isolerait totalement son sujet du décor, le grand angle permet cette connexion entre le sujet et son univers. Tient, c’est justement le sujet du film: l’homme face à l’hostilité de la nature sauvage. Ce film ne dégage pas d’émotions à proprement parler seulement du ressenti, de l’instinct et de la brutalité.

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Avec sa caméra volante Iñarritu prend le contre-pieds du genre jusqu’ici. Si dans Birdman (son précédent film) je me demandais l’utilité de ce procédé, dans The Revenant il tombe sous le sens: là où dans Birdman on restait bloqués dans des environnement confinés, ici la caméra se balade à travers des environnements majestueux et grandioses tout en restant près des personnages et à hauteur d’homme. C’est simple, le but est de nous donner l’impression d’être sur place. Pour ma part c’est réussi.

 

La meilleure 3D que j’ai vu … Même si le film est sans 3D

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Paradoxal n’est-ce pas ? Même des films comme Avatar ou Transformers 3 possédant une 3D réussie ne sont pas parvenu à me convaincre autant  du relief d’une image que The Revenant qui n’est pourtant pas diffusé en 3D (heureusement). Si tout le monde ne sera pas de mon avis, on ne peut nier la profondeur de champs dans ces images. Encore une fois, il convient de saluer la vision de l’équipe technique du film et d’Iñarritu: en préférant des focales courtes, la profondeur de champ est très étendue et les perspectives sont naturellement exagérées, ainsi une impression de profondeur et de relief dans l’image apparaît forcément. Le mouvement de la caméra entre les arbres va également dans ce sens: placer des éléments sur différents plans afin que nos yeux puissent se repérer et percevoir plus facilement la profondeur de l’image.

Même si le point est fait sur le sujet qui est à moins d’un mètre de la caméra, il en résulte une sensation de profondeur assez rare pour être immédiatement remarquée. Le chef opérateur, Emmanuel Lubezki, ira même jusqu’à affirmer que les objectifs étaient généralement fermés à f/5.6 pour agrandir la profondeur de champs afin de mettre en valeur la perspective.

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« The primary equipment we employed on The Revenant was the telescoping cranes, a Steadicam and a hand-held camera. We put the Alexa M in backpacks for hand-held work. The Revenant is a one camera perspective shot in three modes of operation (handheld, steadicam, or crane) which created its seamless rhythm and language. The ability to move the camera around gave Alejandro a lot of freedom to do single choreographed moves to capture the scene’s action. It became our stylistic signature. »  P. Scott Sakamoto, cadreur.

Ci-dessous une vidéo permettant d’analyser le style cinématographique d’Emmanuel Lubezki:

Pour plus de détails, je vous recommande de suivre le lien suivant, sur le blog de Wolfcrow.

Ce film aurait pu logiquement être tourné en pellicule, pour le coup j’aurai même trouvé cela sensé dans la mesure où le film ne repose que très peu sur des effets spéciaux mais plutôt sur le ressenti que procure une image. Mais il faut croire que les possibilités du numérique ont finalement persuadé Alejandro Iñarritu que c’était la meilleure option pour obtenir une image unique et la plus réaliste possible. Comme quoi, avec du cinéma numérique on peut faire de jolies choses, y compris du réalisme qui nous prend aux tripes.

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