[TEST] Que vaut le Tamron 90mm f/2.8 ?

Je ne suis pas un très grand amateur de macrophotographie, je n’ai pas assez de patience et de délicatesse pour en faire mais comme tout le monde j’en suis un fervent admirateur. Pouvoir contempler autant de détails dans quelque chose d’infiniment petit, c’est magique !

Après une première version (très) abordable mais pas forcément ergonomique en 2005 (la A272NII ou 272EN), Tamron revoie sa copie en 2013 pour nous proposer une optique avec stabilisation optique et un AF plus véloce pour près de 500€, ce modèle prendra le doux nom de F004N. Il existe bien une nouvelle version (la F017 de 2016) mais elle est bien plus chère. Je comprends naturellement l’évolution, -sans quoi la marque péricliterait- mais par chance Tamron continue de proposer dans son catalogue ses produits d’anciennes générations afin satisfaire le porte-monnaie de tout le monde.

Pour ce test, il n’est pas question de mesures mathématiques pour définir si un objectif répond oui ou non aux normes actuelles, les laboratoires photo le font très bien. Il s’agit plutôt d’un avis après plusieurs mois sur le terrain.

Tout d’abord, une brève description:

Focale: 90mm (équivalent 135mm en APS-C)
Monture: F (Nikon), EF (Canon), A (Sony)
Format: Plein format et APS-C
Ouverture maximale: f/2.8
Distance minimale de mise au point: 0.30m
Autofocus: Oui, ultrasonique
Stabilisation: Oui
Poids: 379g
Prix: 550€

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Prise en main/Ergonomie
Ce 90mm est élégant, léger et à encombrement constant, ce qui est très intéressant. Cela permet d’obtenir une optique plus solide (car le fut ne s’allonge pas) mais surtout de ne pas toucher le sujet photographié, ce qui peut arriver en macro tant la distance entre le sujet et le photographe est réduite à quelques centimètres. Le design est réussi et l’optique paraît solide, même si j’avoue émettre quelques doutes (à cause de la construction plastique et du très léger jeu de la bague de mise au point). Selon le constructeur l’objectif est tropicalisé (mais dois-je vous rappeler que le terme ne répond à aucune norme?).

La prise en main est bonne, la bague de mise au point est très large, ce qui est très appréciable. En revanche les boutons sont trop près du boîtier et difficile à actionner, impossible de les actionner correctement sans retirer l’œil du viseur. La bague de mise au point est longue et précise, ce qui est assez logique pour un objectif macro où le moindre centimètre est d’une importance capitale.

Performance optique
Tout d’abord il convient de rappeler qu’à la distance minimale de mise au point aucun objectif macro ne peut ouvrir à f/2.8 mais à f/5.6 au mieux. Les modèles de Nikon, Canon, Sony et Sigma sont également concernés. Il y a fort à parier que ce « défaut » parfaitement assumée par les constructeurs soient liés à des contraintes de poids, d’encombrement et de prix, mais personne ne fait de la macro à f/2.8, la profondeur de champs étant trop réduite, les détails seraient à peine perceptible.

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D750 + 90mm à f/14, 1/200s, ISO 800

Toutefois, l’ouverture de f/2.8 peut être obtenue si le sujet est suffisamment loin de l’appareil (2 ou 3 mètres). À cette ouverture que l’on réservera à du portrait, le rendu est très bon. En terme de qualité, on peut largement le comparer à un 70-200 f/2.8 pourtant 2 à 3 fois plus cher au minimum. Naturellement en fermant l’iris, les détails apparaissent en force.

Même si cette optique s’avère efficace pour du portrait ou du paysage (on lui préférera tout de même un 85 ou un 70-200), sa première vocation reste la macrophotographie. Et là Tamron frappe un grand coup. S’il est difficile d’observer et analyser les résultats d’un objectif macro car cette discipline oblige l’utilisateur à fermer allègrement son diaphgrame, je peux affirmer que les résultats sont bons dès f/5.6 (mais encore une fois la profondeur de champs est tellement courte qu’il est difficile d’y voir des détails) mais qu’ils seront excellents à f/11 et jusqu’à f/20 au moins.

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D3200 + 90mm à f/4, 1/320s, ISO 3200. Sans surprise la profondeur de champ est presque trop courte pour être correctement observée.

Les images fourmillent de détails jusque dans les coins (!), le contraste est bon et la restitution des détails est excellente. Naturellement les aberrations chromatiques sont très discrètes pour ne pas dire imperceptibles, tout comme le vignettage. Les optiques destinées à la macro sont toujours d’excellente facture dès la pleine ouverture, forcément à f/11 le rendu est irréprochable.

La question du bokeh (le flou devant et derrière le sujet sur le quel le point est fait), est très délicate: la macro s’effectue généralement vers f/11, où le bokeh est assez marqué (tout en étant très présent). 

En bonus les courbes MTF, si vous prêtez attention à ce genre de détails:

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D750 + 90mm à f/16, 1/200, ISO 640.

Concernant les couleurs, certains objectifs ont parfois tendance à obtenir des couleurs légèrement jaunâtres malheureusement c’est le cas de cet objectif. Qu’on se le dise: c’est très léger et c’est pardonné tant le rendu est exemplaire.

Mise au point
Encore une fois, ce 90mm de Tamron sait être polyvalent. Sans trop de difficultés, il a pu suivre ce skieur. L’AF s’est montré vif et précis, même si il a quelques fois manqué de punch mais encore une fois ce n’est pas son domaine de prédilection.

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D3200 + 90mm à f/14, 1/2000s, ISO 400 L’AF n’a rencontré aucun problème pour suivre ce skieur, remarquable !

En macro, c’est autre paire de manches, on s’y attendait mais à moins d’être en pleine journée sous un beau soleil d’été, l’AF manque cruellement de vitesse et de précision, comme sur toutes les optiques de ce type. Heureusement Tamron a doté son objectif de la retouche manuelle du point. C’est simple pendant que l’optique tâtonne pour trouver le point, vous l’aidez en tournant la bague de mise au point. L’ensemble fonctionne assez bien, même si au final la mise au point entièrement manuelle sera préférable.

heleux-test-avis-90mm-tamron-6.jpgD3200 + 90mm à f/9, 1/200, ISO 110.

La distance minimale de mise au point est de 38cm, ce qui lui permet d’acquérir le rapport 1:1, chose essentielle à la macrophotographie. Qu’est-ce que le rapport 1:1 ? C’est simple, il s’agit d’une échelle, à la distance minimale de mise au point (ici 38cm), une pièce 2€ aura exactement la même taille une fois projetée sur le capteur (échelle 1:1 donc). L’optique ne « réduit » pas la taille des éléments photographiés, chose que font pourtant tous les autres objectifs.

Stabilisation optique
La stabilisation me paraît efficace. Pour être honnête je ne l’ai pas poussé dans ses retranchements. Je manque rarement de luminosité en macro, puisque j’utilise généralement un flash, ce qui me permet de choisir des vitesses assez rapides. Ceci dit, j’ai eu à l’utiliser pour de la vidéo, où elle a su se montrer à la hauteur: mes tremblements étaient très lissés. En utilisation classique on peut aisément descendre vers le 1/30, en macro cette stabilisation permet déjà de rester 1/80, ce qui est déjà remarquable, mais je pense qu’on peut encore choisir une vitesse un peu plus lente.

heleux-test-avis-90mm-tamron-9.jpg

D3200 + 90mm à f/8, 1/125s, ISO 1600, ça pique de détails ! La grenouille n’était pas plus grande que mon pouce (environ 6cm).

Bon à savoir
Ma plus grande déception vient du fait que Tamron n’ait pas pensé à faire une optique macro compatible avec un multiplicateur de focale de type x1.4. Même si la perte de qualité est visible il faut reconnaître que ça dépanne bien. Surtout quand on sait que le rapport 1:1 oblige à fermer considérablement le diaphragme, ce qui permet à l’optique (et à un éventuel extender donc) de délivrer son plein potentiel. Dommage, d’autant plus que le Sigma et le Nikon 105mm macro permettent l’ajout du multiplicateur, tant pis il faudra se rabattre sur des bagues allonges. Mais vous ne perdrez pas au change: les bagues n’ayant aucune lentilles, il n’y a aucune perte de qualité.

 

Pour conclure
N’étant pas un spécialiste de la macrophotographie, j’admets éprouver la sensation de ne pas avoir totalement dompté la bête. Quelque part c’est tant mieux, cela veut dire qu’elle en a encore sous le pied.

Pour quasiment tous les photographes et même vidéastes, une optique macro peut vite devenir très utile. Sans être indispensable, elle permet des images inédites. Il faut dire qu’en plus de pouvoir capturer des détails que l’œil humain ne peut déceler, les objectifs macro sont très polyvalents. Tamron ne bâcle pas sa copie et propose avec ce 90mm une belle alternative aux produits Nikon et Canon. Sans être une optique d’exception, cet objectif saura se montrer efficace dans cette discipline ardue qu’est la macrophotographie. Tamron signe donc une belle réussite, une de plus.

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